Histoire économique · en préparation

Monnaie d’urgence et contre-monnaie, 1967–1970.

Un projet de recherche sur la Banque du Biafra, la Banque centrale du Nigeria et ce qui arrive à une monnaie lorsque l’emprise territoriale de l’autorité émettrice est contestée.

Par Bamidele Aly En préparation

La question

La guerre civile nigériane dure de 1967 à 1970. Pendant cette brève période, le sol nigérian voit apparaître un second émetteur de monnaie. La République du Biafra déclare son indépendance en mai 1967. Elle émet ensuite ses propres billets et pièces en livre, d’abord en 1968, puis en 1969.

La Banque centrale du Nigeria réagit. En janvier 1968, elle démonétise la livre nigériane. Elle émet de nouveaux billets. L’administration biafraise ne peut pas les convertir.

Cette séquence — monnaie sécessionniste, contre-monnaie fédérale, clivage entre ce qui circule et ce qui a cours légal — soulève une question que la littérature ne traite pas proprement. Que signifie la souveraineté monétaire lorsque le périmètre territorial de l’autorité émettrice est lui-même contesté ?

Sources

Le projet s’appuie sur quatre corpus. Le premier est le matériau numismatique : les émissions biafraises, la livre nigériane d’avant-guerre, le remplacement nigérian post-1968. Dates de frappe, blocs signatures et éléments de sécurité fixent la chronologie.

Le deuxième est la correspondance institutionnelle. Archives de la Banque d’Angleterre. Publications et mémorandums internes de la Banque centrale du Nigeria, là où ils ont été rendus publics. Fonds de la Mission historique de la Banque de France, où les banques de réserve européennes ont consigné leur lecture du conflit.

Le troisième est la presse de l’époque. Les journaux nigérians, britanniques et français rendent compte de la démonétisation, des émissions biafraises et de la contrebande de billets pré-1968 à travers les lignes.

Le quatrième regroupe les mémoires et l’histoire orale d’officiels des deux camps. La littérature est lacunaire. Beaucoup de décisions ont été prises informellement, et nombre de ceux qui en savaient le plus ne sont plus là ou n’ont rien écrit. Les lacunes elles-mêmes sont parlantes.

Que signifie la souveraineté monétaire lorsque le périmètre territorial de l’autorité émettrice est lui-même l’objet du litige ?

Approche

L’argument que développe l’article est que l’émission biafraise et la contre-émission fédérale se lisent mieux ensemble, et qu’elles forment un cas comparatif utile pour d’autres épisodes du XXe siècle de monnaies contestées. Les émissions régionales de la guerre civile espagnole, l’Inde de la Partition, les zones d’occupation en Allemagne 1945-48 et les monnaies post-soviétiques du Caucase partagent des traits structurels avec le cas biafrais : une monnaie préexistante reconnue, un second émetteur contesté et un État doté d’une autorité formelle mais d’un contrôle territorial incomplet.

Lire le cas nigérian dans ce cadre comparatif rend visible ce que la littérature sur le West African Currency Board, qui tend à s’arrêter à l’indépendance de 1960, n’a pas pris en charge : la période 1960-1970, durant laquelle l’architecture institutionnelle de la banque centrale nigériane se met en place dans les conditions d’une guerre civile.

État & revues visées

L’article est en préparation ; des soumissions sont prévues durant 2026 vers des revues d’histoire économique et d’études africaines. Le cadrage prolonge mes travaux publiés sur la souveraineté monétaire au Ghana et au Nigeria à la fin des années 1950 et sur l’introduction du West African sterling dans le Sud du Nigeria en 1916.

Pour les échanges précoces, les pistes archivistiques ou des suggestions de cas comparatifs, la page de contact est la bonne voie. Les correspondants académiques sont particulièrement bienvenus.